Decembre 2014 Je dois faire face à trois observations de la part de mes interlocuteurs lorsque ces derniers découvrent que je suis anglaise :

–       Je dois être habituée à la pluie

–       J’ai sûrement un point de vue sur Camilla et Charles

–       La nourriture en Grande-Bretagne est immangeable

Si je ne m’offense pas sur les deux premières, je ne peux laisser dire la troisième, qui n’est qu’un mythe du passé. La qualité et diversité de la nourriture en Grande Bretagne se sont considérablement améliorées au cours des 30 dernières années, du fait notamment de l’influence de la cuisine internationale et des investissements dans les produits régionaux. L’amélioration est aussi visible dans l’univers des boarding schools, telle que j’ai pu l’observer au cours de mes visites auprès de nombreux établissements.

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Le Pain Anglais : les français n’ont plus besoin d’emporter leurs propres baguettes dans leurs bagages quand ils viennent au Royaume-Uni, comme l’avait fait cette correspondante française que j’avais fréquentée dans les années 70. On peut trouver aujourd’hui des boulangeries avec d’excellents produits dans tous les villes et villages du pays, avec une variété de produits frais à partir de multiples farines. Le « pain anglais » industriel, vendu en grande surface existe toujours, mais peut être évité. Même si le pain toasté sera toujours un must de la vie à l’école (ainsi que la Marmite).

Mauvais souvenirs : cartilages en guise de viande, saucisses grisâtres, foie élastique, œufs en poudre, langue de bœuf avec des poils, graisse de bœuf, légumes cuits à l’eau, Dieu merci, les boarding schools ont fait du chemin. Plus besoin aujourd’hui, de cacher ses morceaux de viande immangeables dans les poches d’un pantalon qui transpire la graisse, comme avait dû le faire un cousin de la famille, alors qu’il était en boarding school à l’âge de 5 ans pendant la dernière guerre.

Aliments bourratifs : Dead Man’s Leg, Spotted Dick, gâteau de semoule, riz au lait, tapioca et autres gâteaux à l’ananas ont fait place au crumble, tartes, yoghourts ou autres desserts de fruits. La crème anglaise continue de recouvrir le tout ; je n’ai pas osé demander si on sert toujours de la jelly.

Créativité : saucisses cachées dans les pots de marmelade, chaussettes remplies de morceaux de pain dérobés et de biscuits salés, nourriture dégoûtante subrepticement versée dans l’assiette de son voisin, chocolat et beurre fondus sur le radiateur pour faire un gâteau artisanal, entrer dans l’équipe de natation pour profiter du gâteau au moelleux chocolat hebdomadaire, bacon sur toast agrémenté de confiture : tant d’exemples de créativité gastronomique qui ont permis à mes amis de boarding school de survivre dans les années 70 et 80.

Avant-guerre : « les repas à l’école n’étaient peut-être pas fantastiques, mais nous avons tous survécu … j’ai toujours aimé le trajet de la maison (Judde House) vers la chapelle pour la messe avant le petit-déjeuner, avec pour récompense une saucisse grillée au petit-déjeuner, une seule, au retour », déclare Gyles Longley, Tonbridge School, 1936

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Les occasions spéciales : Waffle Wednesday (gaufre du Mercredi), brunch du dimanche, diners de gala : les boarding schools s’efforcent de créer le maximum d’occasions pour mieux manger. Croissants, toasts, pommes frites, fruits de la passion ne sont que quelques exemples de mets agréables qui ornent de plus en plus fréquemment les menus scolaires.

Cinq (fruits ou légumes) par jour : finies la laitue déchiquetée ou les tomates ramollies. Maintenant, à chaque repas, on se voir offrir des salades composées, des plats végétariens ou dans la plupart des cas même une soupe maison. Les écoles sont fières de montrer leur choix de salades, et je regrette que mes visites n’aient pas eu lieu à l’heure du déjeuner.

Féculents : les pommes de terre, il faut le reconnaître, sont encore très souvent au menu. Grillées, en cocote, bouillies, en purée, frites, en salade ou en gratin : ma fille m’a dit une fois qu’elle pensait chaque repas avait forcément son lot de pommes de terre.

Faim : J’avais faim le soir, mon estomac gargouillait, j’allais me coucher en pensant au petit-déjeuner du lendemain. Heureusement, les boarding schools contemporaines ont compris que les adolescents ont faim en permanence : ils grandissent à toute allure, se concentrent pendant les cours, se dépensent sur les terrain de sport : énergie nécessite nourriture. Le travail en arrière-scène pour être en mesure de mettre à disposition toute cette nourriture est énorme. Mon frère eut un jour un choc en emmenant l’un de ses neveux au restaurant à Londres : « il est bien trop nourri », m’avait-il dit, «  il n’a pas voulu de dessert et a même pris le temps de mâcher ses aliments avant d’avaler. J’étais mort de faim au même âge ». Mon fils m’avait alors rétorqué que l’école imposait régulièrement des dîners « bols de riz ».

Les manières font la personne : bien que de nombreuses écoles ont abandonné les repas placés pour faire place au self-service, les manières des enfants sont toujours suivies. Cela m’a fait chaud au cœur de découvrir qu’un Headmaster organisait un dîner hebdomadaire avec des enfants de 10 à 14 ans, au cours duquel il leur enseigne (ou leur rappelle) le principe des bonnes manières à table. C’est une petite école dans le milieu de l’Angleterre, pas une école d’hôtellerie en Suisse. Les jeunes apprennent à ne pas finir leur assiette en trente secondes et à tenir conversation alors qu’ils font le plein d’énergie.

Précision importante : je ne suis retenue de parler de « Marmite », ce délicieux produit qui surprend toujours les européens du continent.

“Imaginez un monde, où les enfants sont nourris de mets délicieux et équilibrés, avec de la vraie nourriture à l’école dès l’âge de 4 ans jusqu’à 18 ans. Un monde où les enfants apprendraient les merveilles de la gastronomie, ce qu’est la bonne nourriture, d’où elle vient, comment elle impacte la santé du corps et peut sauver la vie”. Jamie Oliver

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