Novembre 2014  School Britannia a rencontré Gyles Longley, 96, ancien elève à Tonbridge School de 1932-1935

School Britannia:  Pourquoi vos parents ont-ils choisi Tonbridge ?

Gyles Longley: Je suis allé à Tonbridge parce que mon père y a été, ainsi que mon frère ainé et mon frère cadet.

TonbridgeSchool

SB: Les Boarding Schools à cette époque avaient la réputation d’être des endroits de souffrance. Qu’en a-t-il été pour vous ?

GL: Je n’ai pas le souvenir d’avoir été malheureux du tout. Je ne pense pas d’ailleurs que d’aucun ait été malheureux. Les préfets avaient encore le droit de punir physiquement, avec la permission du responsable de la maison, mais cela n’arrivait pas très souvent.

SB: Votre famille vous a-t-elle manqué et pouviez-vous trouver réconfort auprès du personnel de l’école ?

GL: J’étais souvent en manque de la maison, mais cela ne durait pas. Je n’ai aucun souvenir d’avoir été inquiet. Je ne me souviens pas m’être rapproché d’un cadre de l’école parce que j’étais malheureux ou toute autre raison.

SB: Je suis contente d’entendre que vos années passées en boarding school furent heureuses.

GL: Je ne dirais pas que j’étais particulièrement heureux; je n’étais pas un élève brillant, mais j’avais plein d’amis. Malheureusement, certains n’ont pas survécu à la guerre. Mon demi-cousin a été tué dans la même bataille que moi, mais je ne savais qu’il y était au moment précis.

SB: Comment étaient les professeurs, généralement ? Vous expliquez dans votre livre que nombre d’entre eux avaient fait la première guerre mondiale, blessés pour la plupart.

GL: Oui, nous appelions notre professeur de sciences ‘Tintin’ parce qu’il avait un bras artificiel. Mais il y avait aussi des jeunes. Nous les respections.  Je n’ai pas le souvenir que nous avions peur d’eux.

SB:  Tonbridge a une excellente réputation pour le sport. Aimiez-vous les sports d’équipe ?

GL: Je n’aimais pas le cricket. Il faisait toujours trop froid, même si les cours ne commençaient qu’après Pâques, il faisait toujours froid, je passais mon temps à trembler. Plus tard, je me suis mis au hockey. Nous devions faire du sport une fois par jour, mais pas nécessairement un sport d’équipe : squash, fives ou course à pied. On n’avait pas le droit de rester à ne rien faire l’après-midi.

SB: Quelle importance avait l’éducation religieuse dans la vie de l’école ?

GL: Je me rendais souvent à la chapelle de l’école où, d’ailleurs, j’ai été confirmé. Nous avions prière tous les matins, messe le dimanche, le matin et le soir; c’était obligatoire. J’aimais bien aller à la messe le dimanche matin et mériter ma saucisse de la semaine à midi. Cela avait vraiment bon goût à l’époque, meilleur que ce qu’on trouve maintenant.

SB: Comment était la nourriture en général ?

GL: Je ne me souviens pas que nous trouvions la nourriture exceptionnelle, particulièrement quand on nous servait du riz collant avec de la confiture; je n’ai jamais aimé ça. Mais quand on est jeune, on a toujours faim, on mange n’importe quoi. Bien sûr, il y avait toujours Grubber, une petite cafeteria au sein de l’école, où aux inter-cours, nous nous précipitions pour acheter un deuxième petit pain pour la matinée. C’était aussi ouvert le WE, où nous pouvions acheter des oeufs, du bacon et autres fêves, qui nous remplissaient l’estomac. On pouvait aussi trouver du chocolat.

SB: Donc, vous aviez de l’argent de poche ?

GL: Mes parents me donnaient un peu d’argent. Je n’ai jamais été dépensier, mais j’avais toujours des proches de la famille qui me glissaient un billet pendant les vacances. Cela me permettait d’acheter d’autres petits articles pour le sport ou les activités. Nous avions aussi la permission d’aller en ville de temps en temps, acheter ce que nous voulions.

SB: Les Maisons à Tonbridge sont assez éloignées les unes des autres, n’est-ce pas ?

GL: Ma maison, Judde House, était probablement la plus éloignée de toutes, mais accessible à pied du centre de l’école. Nous y revenions pour déjeuner à midi. La première année, on était en dortoir de six, vers la fin de la scolarité, on était en chambre seul.

SB: Parliez-vous ou voyiez-vous vos parents régulièrement ?

GL:Nous n’avions jamais de conversation téléphonique. Nous écrivions. Nous rentrions à la maison aux vacances, parfois nos parents venaient nous voir le WE, où nous déjeunions au restaurant.

SB: Y avait-il un uniforme ?

GL: Non, mais nous respections un certain code vestimentaire : blazer et pantalon gris, etc. Nous mettions un costume le dimanche.

SB: Si l’on pense que vous avez passé toute votre vie d’adulte en France, et que votre épouse était française, étiez-vous un bon élève en français ?

GL: Le français était ma matière abhorrée. Pendant les cours, j’étais en permanence assis à côté du radiateur, à moitié endormi. Je n’y trouvais aucun intérêt. Je ne savais pas que je vivrais ensuite en France.

SB: Les CCF (Combined Cadet Forces) existaient-ils à l’époque ?

GL: Nous avions les OTC (Officers Training Corps). Nous défilions une fois par semaine et faisions des petites manoeuvres avec les militaires quand ils passaient à l’école. Je me souviens que c’était obligatoire, il fallait une dispense médicale pour ne pas participer. Si vous étiez bon scolairement, vous pouviez demander à devenir scout et étiez dispensé, je n’ai jamais été aussi loin.

SB: Aviez-vous le sentiment d’être sous pression à l’école ?

GL: Je pense qu’il y avait un bon équilibre. Il n’y avait pas trop de pression, sauf de la part des parents, si le bulletin était mauvais. Je crois que mes bulletins ont été perdus, mais je me souviens, il y avait beaucoup de « peut mieux faire ».

SB: Avez-vous reçu des conseils en matière de carrière à Tonbridge ?

GL: Non, je n’ai jamais reçu de tels conseils, cela n’existait pas à l’époque. C’était au gré de chacun. Nous avions une affaire de famille, et chaque membre voulait la rejoindre, sauf moi, je voulais faire autre chose. J’étais plus indépendant que les autres, j’étais intéressé par la médecine. Mais c’était la période d’avant-guerre, et nul ne savait ce que le futur serait. Me lancer dans de longues études, rester à la charge de mes parents pendant longtemps ne m’attirait pas. J’ai donc laissé tomber ce projet.

Gyles Longley

SB: Fut-il un problème de ne pas être allé à l’université ?

GL: En fait, peu de gens allait à l’université à cette époque, et s’ils le faisaient, c’était déjà dans le cadre d’une spécialisation comme le droit ou la théologie. Peu de mes contemporains sont allés à l’université.

SB: Comment était l’ambiance à l’école ?

GL: Nous n’avions pas peur de la guerre, mais si on en parlait souvent. Quand j’ai quitté l’école, beaucoup de mes contemporains ont rejoint les Forces Territoriales, mais plus parce que c’était un club qu’autre chose; peut-être inconsciemment pour se préparer à ce qui allait arriver.  Nous ne prenions pas les choses sérieusement, je veux dire qu’il y avait des choses plus importantes pour nous comme de jouer au tennis ou d’aller danser.

SB: Etait-ce facile de trouver un emploi à la sortie de l’école ?

GL: Nous sommes en 1935. A l’époque, c’était difficile de trouver un job. J’ai commencé par travailler un peu avec mon père, puis j’ai répondu à une annonce dans le Times. Ils m’ont proposé un interview, ils recherchaient un élève comme moi pour le former en interne. Je m’y suis rendu la semaine suivante (1936) et j’y suis resté jusqu’à ma retraite. En 1938, cette société (Gestetner) m’a envoyé comme auditeur interne de ses filiales en Europe, où j’ai pu visiter de nombreux pays. Le service militaire a été mis en place en 1939, si je me souviens bien; tous les conscrits devaient s’enregistrer, j’étais à Varsovie. Je m’y suis enregistré, puis suis venu à Paris où j’ai fait la même chose , puis la guerre a éclaté.

SB: Etes-vous resté en contact avec vos professeurs ou responsables de maison ?

GL: Non, je ne suis pas resté en contact avec mon responsable de maison, parce qu’il n’était pas vraiment sympathique. J’ai plus de contacts maintenant avec l’école que j’en avais avant. Je vais aux réunions d’anciens. Il y a quelques années, je suis retourné à la maison Manor House : l’épouse du responsable de la maison était la fille de mon ancien patron. J’ai aussi participé à un déjeuner des plus de 55 ans; l’organisateur était le général de brigade Vivien, qui avait été attaché militaire en France. J’étais une sorte d’invité d’honneur, du fait de mon statut de doyen de l’assistance. Ils étaient tous beaucoup plus jeunes que moi, mais ils avaient l’air vieux …

Un ancient très connu que j’ai aussi revu était le Rev. Pr. Owen Chadwick, O.M., le théologien. Il était à l’école en même temps que moi.

Gyles Le Vesinet

SB : L’école a-t-elle changé ?

GL: Je pense que oui, pour le mieux. Elle a considérablement crû, avec toute sorte d’équipements sportifs et artistiques (théatre, art). A mon époque, on négligeait ces matières, mais maintenant, ça a bien changé. Le nouveau centre sportif est magnifique, je crois que c’est là où les australiens se sont entraînés au moment des JO de 2012. L’école a aussi monté une fondation, pour les moins aisés, et cela fonctionne apparemment très bien.

SB: J’ai été très impressionnée par les élèves quand je suis allée visiter l’école récemment.

GL: Nous avons toujours eu une réputation de politesse, mais ma mère a toujours dit que nos manières s’étaient détériorées quand nous étions à l’école.

SB: Recommanderiez-vous à quiconque d’y aller ?

GL: Absolument. Il y a trois anciens de l’école que je connais à Paris, nous avons fréquenté la même maison, à des époques différentes. Oui, oui, je pense que c’est une excellente école, et je suis fier de voir combien elle s’est bien développée.

 

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