Dites-moi, Monsieur, pourquoi ne trouve-t-on personne, intellectuel qui se respecte et qui accepte de vivre ailleurs qu’à Londres ? En effet, Monsieur, quand un homme fatigue de Londres, c’est qu’il est fatigué de la vie ; car c’est bien à Londres que se trouvent tous les ingrédients de la vie, n’est-ce pas ? »
— Samuel Johnson*



Il va de soi que Londres est aujourd’hui une capitale éclatante, exaltante, l’endroit où
il faut vivre. Pourtant, même si j’admets que je ne dirais pas non à une jolie maison à
Chelsea, l’Angleterre s’étend bien au-delà de Londres et y recèle de nombreux
trésors que je vous invite à découvrir. Albion n’a pas les stations de ski ou balnéaires
françaises (allez savoir pourquoi les anglais s’y ruent), mais elle propose une grande
variété de paysages, de couleurs, et surtout un foisonnement de vie dans ses
campagnes.

Dans le pays, il est parfaitement normal de vivre toute l’année à la campagne ; les
statistiques montrent que la population hors des villes augmente régulièrement.
Même dans le plus petit village, règne une douce agitation au sein de la population,
avec un fort sens communautaire et de vie de famille ; la campagne a d’ailleurs la
réputation d’être le meilleur endroit pour élever ses enfants.

 

 

 

 

 

 

Bien sûr, la vie locale ne serait pas sans la présence d’un ou deux pubs au centre du
village. Finis le temps où ma sœur, mon frère et moi devions attendre, dans la
voiture du parking du pub voisin, avec juste un petit paquet de chips pour nous
occuper, pendant que mes parents prenaient au pub leur apéro du week-end ; la
règlementation sur l’alcool a évolué, et les familles sont maintenant pléthore à
fréquenter les pubs, consommant toute sorte de plats entre le traditionnel fish &
chips « élevé sur place » et le curry thaïlandais plus exotique.

Et puis, il y a les établissements scolaires, privés ou publics, externats ou internats. Il
n’en manque pas ; en fait le choix est saisissant. J’ai actuellement une liste de 405
pensionnats, tous à l’extérieur de Londres, et j’en ai déjà visité plus de la moitié.

 

 

 

 

 

 

 

Accompagnée par les programmes de la BBC, j’ai sillonné le pays sur des milliers de
miles, entre Ashby-de-La-Zouche et Barton-in-the-Beans, en passant par Upton
Snodsbury, Westley Waterless et Great Snoring, avec un stop à
Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwll-llantysiliogogogoch (Pays de Galles) un
soir donné. J’ai croisé des chèvres broutant au son des cloches le long des falaises
galloises, j’ai laissé passer des poneys de New Forest traversant inopinément les
routes du Hampshire, je me suis retrouvée bloquée derrière un troupeau de moutons
sur une petite route du Wiltshire, je fus totalement immobilisée derrière deux vaches
ayant pris leur liberté sur la grand’rue d’un village du Surrey un beau lundi matin. Il a
résulté de ces nombreuses rencontres avec ces créatures peu pressées auquel je
rajoute le dernier kilomètre toujours plus long que prévu, que je suis bien souvent
parvenue à mes destinations épuisée, ébouriffée – et très en retard.

 

 

 

 

 

 

 

Et là, en dépit de mes états défaits, l’accueil qui me fut fait dans chaque
établissement a toujours été chaleureux ; littéralement, avec notamment le grand feu
de bois qui m’attendait dans la cheminée du hall d’entrée. Pas besoin de plus de
quelques minutes pour me trouver engoncée dans un canapé moelleux, avec une bonne tasse de café chaud et déjà l’impression d’être chez moi. Ce sentiment d’être
à la maison, d’être bien, perdure tout au long de la visite : du laboratoire de chimie à
la grande salle-à-manger, des courts de squash aux installations de théâtre, je croise
des enfants pleins d’énergie qui quittent leur salle de classe pour se rendre sur les
terrains de sport, de leur studio de musique où ils pratiquent le saxophone vers
l’atelier d’arts plastiques. Il m’est même arrivé d’être accompagnée dans une visite
par le chien du headmaster qui tenait dans sa gueule les pantoufles d’un élève, ou
d’être présentée à la meute en action dans le parc de l’école, ou de pouvoir saluer
les cochons élevés par les élèves ; j’ai aussi fait l’expérience de promener mon
propre chien accompagnée de la responsable des admissions sur le terrain d’un
établissement. Il n’y a pas eu une visite où je ne me suis pas dit que j’aurais rêvé de
faire ma scolarité à cet endroit.

 

 

 

 

 

La boarding school que j’ai fréquentée est un château de l’époque Tudor, un temps
propriété d’Henry VIII. L’accès s’y fait par une allée bordée d’arbres.
L’environnement autour s’est malheureusement construit depuis mon départ, mais je
garde une mémoire impérissable de la sortie hebdomadaire à travers champs pour
me rendre au magasin de bonbons du village voisin. Mes meilleurs souvenirs d’école
à cette époque se déroulent d’ailleurs à l’extérieur : le cross-country sur les chemins
d’hiver, le tennis jusques tard les soirs d’été, ou tout simplement les effluves d’herbe
fraichement coupée qui me remontaient par la fenêtre ouverte jusqu’en cours de
maths. Cet environnement campagnard n’a pas, bien au contraire, porté préjudice à
mes camarades, telles la designer Anya Hindmarch ou la journaliste de CNN
Christina Amanpour, qui avec d’autres anciennes, sont toutes devenues des
« business women » et ont rapidement su d’adapter au rythme de la vie citadine.

 

 

 

 

 

 

Bien que mon travail, en qualité d’agent, consiste à recommander des écoles, je me
sens parfois une fibre d’agence de voyage ou de syndicat d’initiative, ne serait-ce
que pour transmettre à mes clients des photos des lieux où ils pourraient envoyer
leurs enfants, et les rassurer que ces derniers ne vont pas se retrouver au fin fond de
la Sibérie. Tout comme j’explique que d’avoir envoyé mes propres enfants en
pension en Angleterre était un énorme cadeau et non une punition, j’essaie de
partager avec les familles que de viser la campagne anglaise est une chose très
positive et non un bannissement.

Même si je suis la première à dire que le choix d’un établissement ne saurait se faire
uniquement sur l’apparence des lieux ou la surface du parc, je pense qu’un beau
cadre pour une école est un facteur positif pour les élèves et le personnel qui va
avec : sans doute opportun de chercher un peu plus loin. L’aéroport ne sera pas
Heathrow ou la gare St. Pancras, mais vos enfants seront moins bousculés, le
voyage sera plus léger – nonobstant les quelques qui s’égareront toujours. Ceci ne
signifiera pas que la qualité de l’école sera inférieure ; mais plutôt que le choix sera
meilleur.

 

 

 

 

 

 

Donc je vous exhorte : prenez le temps, sortez des sentiers battus. Ne ratez pas ces
trésors campagnards, pétillant de vie sept jours sur sept.

Samuel Johnson est l’auteur de “a dictionary of the English Language” en 1755

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