Avril 2014

“L’une des grandes découvertes de la psycholgie modern est que le bonheur est un ingrédient clef d’un apprentissage réussi.” Peter Gumbel

MY STORY: 1970s/1980s

Je rêvais d’aller en boarding school. J’étais prête; les heures passées à lire la série d’Enid Blyton Malory School avaient nourri mon imagination : jouer au lacrosse, festoyer la nuit, prendre plaisir en cours.

En 1978, à l’âge de 12 ans, mon rêve devient réalité. Je pose pour la photo du départ dans mon nouvel uniforme (pure acrylique des années 70), mon père immortalise le moment, j’embrasse mon chat adoré et pars pour ma nouvelle vie, sautant de joie à l’idée de ce qui m’attend (j’ai sûrement aussi embrassé mes parents, même si je ne m’en souviens pas).

Ce fut le début d’une aventure de 4 ans en boarding school, aux côtés de 499 autres filles de mon âge. J’ai adoré ; les règles à respecter (aussi à transgresser), les sports d’équipe (lacrosse, évidemment), les repas (pain synthétique, viande au pétrole, les frites), les exercices-incendie (au milieu de la nuit dans la cour en pyjama), les matchs de tennis à la tombée de la huit, la salle de poterie dans le hall principal, les assemblées d’élèves où se rassemblait toute l’école pour chanter. J’étais dedans à 100%. Peut-être n’étais-je pas comme les autres, qui se rebellaient contre leur famille ou l’école : moi j’aimais simplement les deux.

LEAVING FOR SCHOOL

La nourriture était plutôt basique, faiblement nutritive. La directrice était terrifiante, on n’avait ni téléphone portable, ni ordinateur, on était obligée d’écrire à ses parents une fois par semaine (notre seule forme de communication avec eux). On dormait dans des sortes de cabines, séparées entre elles par une cloison fine ou un rideau, on nous arrachait du lit pour dire la prière du matin, on avait quand même droit de regarder Dallas ou Top of the Pops. On tremblait de froid sur le bord d’une piscine découverte en attendant les ordres d’un maître-nageur austère, on restait là les week-ends à s’empiffrer de bonbons (que nos 30 pence d’argent de poche hebdomadaire nous permettaient d’acheter), on s’esclaffait quand on recevait enfin la lettre d’un garçon.

Cela peut donner une vision un peu sombre de la boarding school, même si je vous parle là des années 80. Ces institutions ont considérablement évolué, loin de l’image que leur a donné Dickens, à coups de douches froides, bizuthage et flagellation. La comparaison avec le « Château de Colditz en kilt » que le Prince Charles avait utilisée pour parler de ses années en boarding school perd n’a plus cours aujourd’hui. Ces écoles, qui apprenaient (parfois dès l’âge de 6 ans) à juste serrer les dents dans l’adversité ou la punition, se sont aujourd’hui totalement modernisées. Les années passant, elles sont devenues des lieux d’apprentissage heureux et respectueux de l’enfant, où se nouent des amitiés fortes, avec un bon équilibre entre travail et activités, dans une culture à la recherche du succès.

MY CHILDREN’S STORY: 2010

« Vingt ans après, on est plus déçu par ce qu’on n’a pas fait que par ce qu’on a fait. Alors, larguons les amarres. Quittons le port, prenons le vent. Explorons, rêvons, découvrons! » Mark Twain

Nous avions deux options avec mon mari: soit garder nos quatre enfants à la maison en France et poursuivre notre agréable vie de famille, soit les envoyer à 800km en boarding school dans le nord de l’Angleterre. Nous avons choisi la voie anglaise, ce qui fut une décision majeure, tant sur le plan émotionnel que financier.

Plus ou moins tous les jours, en France, on m’a regardée avec horreur et incompréhension : “comment pouvez-vous envoyer vos enfants si loin ?” me demandaient les gens sur un ton presque choqué, « ça doit être si difficile ». C’est dur, parfois très dur, avec des moments de vide (pour les parents qui restent à la maison). Mais dès que je de mes enfants, dès que je sens leur bonheur et leur enthousiasme, dès que je reçois un email qui dit «je m’éclate, je t’aime », je suis rassurée. Et tout doute et inquiétude disparaissent quand je me rends sur place à l’école. A chaque fois si bien accueillie par la communauté. Mon mari et moi nous nous y sentons comme à la maison, pouvons voir nos enfants s’amuser avec leurs amis, se révéler sur les terrains de sport, monter sur scène, discuter naturellement avec les professeurs. Alors je sais sans nul doute, que nous avons fait le bon choix pour nos enfants.

Le déclic est venu il y a 5 ans, alors que j’étais revenue en Angleterre au chevet de mon père. J’avais décidé au dernier moment d’emmener mon dernier fils, alors âgé de 10 ans, pour passer la fin du 3e trimestre en élève externe dans une prep school*. Quand je l’ai déposé le premier jour, il était assez anxieux, se sentait mal à l’aise avec son uniforme et sa cravate d’école. Dix heures après, je retrouvais une créature couverte de boue, sautillante de joie. « Maman, Maman », bredouilla-t-il dès qu’il me vit, « on a fait des expériences scientifiques puis j’ai marqué un essai au rugby puis on est allé à la bibliothèque où nous avons lu allongés par terre puis Rosie a dit … » Mon cœur a fondu. Devais-je priver mes enfants de cette opportunité formidable, de cette liberté, de cette joie de vivre ?

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La récompense a été de voir nos enfants prospérer en boarding school. Notre fille, qui y est arrivée en première (Sixth Form), nous a appelés après une semaine, nous disant : « merci, merci, je suis si heureuse, c’est là que je veux envoyer mes futurs enfants ». L’un de nos garçons, que l’école ne motivait plus, a retrouvé toute son énergie grâce aux encouragements qu’il a reçus. Un autre a gagné confiance en lui, tant sur le plan scolaire que celui des activités. Un troisième : encore plus passionné de sciences, un habitué de l’infirmerie pour cause de rugby. Qui connait l’avenir ? Seront-ils cosmonaute, pompier ou chef d’entreprise ; quoi qu’ils choisissent, je suis sûre qu’ils seront toujours portés par leur expérience en boarding school.

* Prep school = école de 7-13 ans

YOUR CHILD’S STORY: 2014 and on

« Enseigner est un art. Pas juste une prestation. Tout passe par connaître les élèves et identifier la bonne manière de stimuler leur énergie et d’enclencher leur imagination ». Sir Ken Robinson

Nombreux sont les mots qui me viennent à l’esprit pour exhorter les vertus de la boarding school. Encouragements, confiance en soi, fair play, esprit d’équipe, indépendance, respect de l’autre, tradition, bonnes manières, créativité, intelligence émotionnelle … la liste est longue et positive. Ceci fonctionne grâce à l’enthousiasme des professeurs qui encouragent une participation active en classe, des effectifs limités en cours, un système qui s’adapte au niveau des élèves, l’existence de tuteurs académiques, l’organisation de l’école en maisons, une pastorale affirmée qui tient lieu de liant à toute cette organisation.

Bien sûr, il y a plein d’autres facteurs qui contribuent au succès d’une école, chaque établissement a ses forces et sa philosophie qui le rend spécial. En fait, il y a une école pour chacun : les forts en thèmes, les sportifs avérés, les timides et les extravertis. Il y aura toujours une école qui correspondra parfaitement à votre enfant, ce dernier sera suivi de près par l’encadrement tout au long de son séjour. Quant à vous, les parents, vous serez tenus régulièrement informés de ses progrès à l’école. Des cours particuliers sont possibles pour ceux qui le souhaitent, et votre enfant aura toujours un avenir même s’il (elle) est nul (le) en maths. L’école identifiera son potentiel, stimulera sa curiosité et suscitera un vrai désir d’apprendre.

Les installations sont souvent exceptionnelles : parcours de golf, centre équestre, piscine olympique sont souvent de mise. Il est aussi vrai que les élèves sont très gâtés et on ne peut faire abstraction des frais de scolarité. Mais de nombreux faits démontrent que l’éducation privée œuvre pour partager ses privilèges. 90% des écoles privées partagent leurs installations avec les écoles publiques des environs ou les communautés locales. La plupart des écoles privées financent des entreprises caritatives, et encouragent leurs élèves à apprendre à lever des fonds pour aider les moins chanceux, au Royaume-Uni ou à l’étranger. En 2010, 300 millions de livres sterling ont été versés sous forme de bourses à 40.000 enfants qui voulaient être en boarding school.

RAINBOW

Le film récent Guillaume et les garçons, à table était sans doute un peu excentrique, la description idyllique de la boarding school un peu tirée par les cheveux, mais quelle joie dans le film de voir Guillaume prospérer, savourer cette nouvelle vie qui s’offre à lui. Je dis à mes enfants que c’est une vraie chance d’être en boarding school, et qu’ils doivent profiter de chaque instant. Quand je visite l’un de ces prestigieux établissements, je me surprends parfois à rêver vouloir retourner à l’école.

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